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QUE SONT-ILS DEVENUS ? GILBERT ITZICSOHN

QUE SONT-ILS DEVENUS ?  GILBERT ITZICSOHN

 

S’il fallait résumer en un mot Gilbert Itzicsohn, on pourrait utiliser une métaphore pour dire que l’ancien capitaine de l’équipe de France avait un sacré « moteur ». Pour comprendre ce mot à double sens, il faut d’abord rappeler que cet attaquant de l’ACBB était un hockeyeur à la fois volontaire et besogneux qui avait un cœur énorme. Tous les anciens internationaux tricolores qui le côtoyèrent entre 1963 et 1976 sont unanimes pour dire que Gilbert Itzicsohn était un bosseur qui savait mouiller son maillot. Ce joueur râblé et dense avait une forte présence sur la glace. Bref, il était bien le « moteur » de la sélection nationale. Or, justement, ce mot prend une autre signification lorsque l’on sait que quelques années après avoir raccroché ses patins, Gilbert Itzicsohn a réussi avec brio une seconde carrière sportive en devenant pilote automobile au volant d’une Caterham-Lotus Super Seven. Pour les non-initiés rappelons que ce cabriolet monotype de course fut rendu populaire grâce à ses apparitions à la télévision dans la série Le Prisonnier avec l’acteur Patrick McGoohan.

Etant d’une nature très discrète et réservée, le célèbre numéro 9 parisien se gardera bien de se vanter de ses exploits réalisés lors de sa « seconde vie ». Il faut dire qu’une fois ses crosses rangées au placard, Gilbert Itzicsohn passa à tout autre chose en se complaisant dans un relatif anonymat. A tel point que rares sont les amateurs de hockey, sauf ses amis proches, qui étaient au courant de sa nouvelle orientation sportive. L’ancien capitaine des Bleus nous ayant mis que très brièvement sur la piste lorsque nous l’avons interrogé sur son passé (à cause de sa réticence presque maladive à se livrer), c’est en faisant des recherches que l’on a pu mesurer le talent éclectique de Gilbert Itzicsohn. En effet, son nom est mentionné dans plusieurs palmarès officiels de courses automobiles. Il remporta notamment la Coupe de France Caterham en 1995 (à l’âge de 51 ans) après s’être imposé à trois reprises sur les circuits du Mans, de Spa en Belgique puis de Montlhéry. Il fut à nouveau sacré champion de cette compétition l’année suivante en s’imposant cette fois dans cinq des dix courses qui étaient inscrites au programme, réussissant quatre succès d’affilée : à Croix-en-Ternois, à Dijon, au Mans et à Nogaro. « Oui, c’est vrai mais je ne me suis jamais mis en avant, c’est dans ma nature. Je considère que si on a un peu réussi dans la vie, on doit rester discret. Et puis, les bagnoles ç’était uniquement pour le plaisir ! Vous n’allez tout de même pas me comparer à Michael Schumacher, à Alain Prost ou à Ayrton Senna ! dit-il avec un brin d’humour. Le hockey c’est pareil, pour moi ce sport a toujours été uniquement un loisir. Je l’ai pratiqué avec un esprit purement amateur ce qui m’a d’ailleurs donné une grande liberté d’action. »

N’empêche que ce fils unique d’émigré roumain (d’où son nom à consonance étrangère), a vécu une véritable passion pour le hockey sur glace dès que son père, Mathias Itzicsohn, un garagiste de la région parisienne, eut la bonne idée de l’emmener jouer avec ses petits camarades le jeudi soir sur la patinoire de Molitor près de la porte d’Auteuil ou sur celle de Saint-Didier dans le XVIe arrondissement de la capitale.

A l’âge de 11 ans, Gilbert Itzicsohn profita de l’ouverture de la patinoire « fédérale » de Boulogne-Billancourt pour s’inscrire au Paris Hockey Club qui était dirigé par Marcel Bonnet. Pour la petite histoire, ce dernier deviendra plus tard le premier DTN des sports de glace. En 1960, le jeune Itzicsohn décida de changer d’association et de prendre une licence au club de l’ACBB afin de bénéficier de l’enseignement d’un nouvel entraîneur-joueur très connu, un certain Pete Laliberté. La réputation du Canadien était d’autant plus grande à cette époque que l’équipe de Boulogne-Billancourt venait de réaliser l’exploit de remporter à plusieurs reprises la célèbre Coupe Spengler. C’est donc à 17 ans que Gilbert Itzicsohn fit ses débuts en senior et fit son apparition dans le championnat de France avec, dans un premier temps, le numéro 14 au dos de son maillot.

Evoluant sur la glace avec une pléiade d’internationaux de talent comme Christian Rayon, Jean Paupardin, Philippe Lacarrière, Hubert Nivet, Maurice Chappot ou encore Alain Bozon (qui faisait son service militaire à Paris), le jeune « Itzic » progressa rapidement au point de participer à un stage de préparation de l’équipe de France à Saint-Gervais au cours de l’hiver 1962. Toutefois, il ne fut pas retenu pour les Championnats du monde qui eurent lieu cette année-là à Colorado Springs et à Denver aux Etats-Unis. « Bien sûr, ce fut une petite déception, mais j’étais encore trop jeune et les places étaient chères à cette époque. De toute façon, j’avais le temps… » confie-t-il sans regret. Son heure viendra très rapidement puisque dès l’année suivante, il participa pour la première fois au tournoi mondial de Stockholm en Suède. Il jouera dès lors régulièrement dans la sélection nationale comme centre (ou ailier droit) avec ses deux coéquipiers de l’ACBB, Gérard Faucomprez et Gilbert Lepré.

Pendant les quatre ans de flottement et d’incertitude qui suivirent pour l’équipe de France, Gilbert Itzicsohn continua à gagner sa vie en travaillant dans l’entreprise automobile familiale qui avait pour nom Le Grand Garage de l’Ouest et qui se trouvait à Levallois-Perret dans la proche banlieue de Paris, tout près du métro de la porte de Champerret.  L’ancien gardien de but international Bernard Deschamps fut un témoin privilégié de cette époque : « Avec Gilbert, nous nous somme retrouvés ensemble lors de notre service militaire au Bataillon de Joinville. De plus, nous jouions également tous les deux dans l’équipe de l’ACBB. Comme nous étions devenus amis et que le hockey ne nous faisait pas vivre, pour me dépanner, il m’a proposé de venir travailler chez son père Mathias qui était un homme très sympathique. Moi je faisais surtout de la réparation. Gilbert faisait plutôt office de représentant, il vendait des voitures. Je me souviens qu’à cette époque il était déjà passionné par les bagnoles. Il pilotait une Mini Cooper S 1600. C’était un casse-cou. C’est ce qui explique sa reconversion dans ce domaine après sa carrière de hockeyeur. Mais il est tellement discret que je ne savais même pas qu’il avait remporté par la suite des courses officielles. J’avoue que vous me l’apprenez !»

Son parcours crosse en mains reprendra à l’occasion des préparatifs des Jeux Olympiques de Grenoble en 1968. Une date historique pour le hockey français mais également dans la carrière de Gilbert Itzicsohn puisque c’est à cette occasion qu’il fut nommé capitaine des Tricolores. Une fois encore, l’ancien attaquant international fait preuve d’une grande modestie lorsqu’il évoque cette période : « En fait, j’ai été nommé capitaine parce que j’étais le plus ancien des « jeunes » si je puis dire, à la suite de l’épuration qui avait été imposée par le Ministère des sports et qui a fait beaucoup de bruit. Cette responsabilité m’avait été confiée en prévision des prochains Jeux Olympiques qui devaient avoir lieu à Sapporo au Japon. On voulait y envoyer une nouvelle génération avec moi en tête, or on sait ce qui s’est passé par la suite avec malheureusement le forfait de la France.»

En dépit des nombreuses turbulences qui secouèrent l’équipe de France à cette époque à cause des promesses non tenues du Ministère des sports et des instances fédérales, l’entraîneur national Pete Laliberté conserva toute sa confiance à Gilbert Itzicsohn qui restera le leader des Tricolores jusqu’en 1976.

Ceci est un extrait. Si vous voulez connaître la fin de son histoire, procurez-vous le livre « Les stars du hockey français Tome 2 » qui est en vente dans la boutique du site internet de la FFHG (hockeyfrance.com).