Hockey Club de France - Unis par une même passion

Que sont-ils devenus ? Frank Fazilleau

Frank Fazilleau, l'Indiana Jones du hockey français

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la carrière et la reconversion de cet ancien hockeyeur international a de quoi surprendre. Car notre ami « Faze » est un véritable personnage de roman aux multiples facettes. Frank Fazilleau prend encore aujourd’hui un malin plaisir à jouer l’électron libre en se retrouvant où on ne l’attendait pas.
Mais avant de parler de son actualité immédiate, un petit retour en arrière s’impose. Attachez bien la jugulaire de votre casque car son parcours personnel a été marqué de brusques soubresauts et de virages aussi soudains qu’inattendus.

Natif de la ville d’Anthony, au sud de Paris, Frank Fazilleau  débuta le hockey sur glace comme défenseur dans le club de Viry-Châtillon auquel il restera fidèle jusqu’à l’âge de 19 ans. Une fidélité assez remarquable lorsqu’on connaît la suite. Visiblement doué, il fut sélectionné pour la première fois en équipe de France senior en 1978 lors des Championnats du monde organisés à Las Palmas aux Îles Canaries. Ce sera le premier périple marquant pour le nouveau numéro 15 tricolore qui marqua d’entrée sa différence sur cette île espagnole. En effet, le contact passa mal entre le sympathique « Frankie », sorte de doux rêveur de la glace, et le coach tchèque Zdeneck Blaha, un entraîneur plutôt rigide, avec qui Frank Fazilleau connut des problèmes relationnels qu’il qualifia pudiquement « d’incompréhension ». Il est vrai que je garde à titre personnel un souvenir étonnant de ce joueur qui passa son temps à m’expliquer les différentes sortes de techniques de pêche à la mouche lorsque je lui rendis visite dans sa chambre d’hôtel pour l’interviewer…



Mis momentanément à l’écart pour son côté iconoclaste, Frank Fazilleau partit jouer ensuite à Tours pendant cinq saisons au cours desquelles il remporta pour la première fois le titre de la Nationale 1 (Ligue Magnus aujourd’hui) en 1980 avec les anciens Mammouths. Deux ans plus tard, le nouveau coach des Bleus, le fantasque canadien Jacques Tremblay, qui fut certainement conquis par son originalité, lui permit de revenir en équipe de France à l’occasion des championnats du monde organisés à Jaca en Espagne. Une sélection faite directement sans aucun match de préparation !

Redevenu un joueur recherché, Frank Fazilleau quitta ensuite Tours pour rejoindre le club des Français Volants de Paris qui venaient de s’installer dans la nouvelle grande vitrine du Palais omnisports de Paris-Bercy. Conscient du challenge important qui l’attendait au cœur de la capitale, au cours de l’été 1984, notre défenseur partit à Montréal au Canada pour suivre un stage de perfectionnement intensif. Il faut bien reconnaître que la « greffe » ne prit pas réellement à Bercy puisque Frank Fazilleau ne joua que deux saisons seulement avec les Volants avant d’être écarté de l’effectif.
Entre-temps, après quelques mois d’absence sur la scène internationale, il refit son apparition dans la sélection tricolore en 1985 grâce à Paul Lang et à Patrick Francheterre, les deux entraîneurs nationaux, qui décidèrent de rappeler « Faze » au sein de l’équipe de France.

Malheureusement, un an plus tard son père Jean, un ancien militaire de carrière, décéda à l’âge de 56 ans d’une rupture d’anévrisme. Profondément affecté par cette disparition, la véritable personnalité de Frank Fazilleau se révéla au grand jour. Fini les conventions et les règles de jeu imposées jusqu’ici par la société. L’homme blessé et meurtri ressentit profondément un besoin de bousculer les codes et de se remettre en question. D’un coup de tête, notre hockeyeur décida de tout plaquer. Du jour au lendemain il partit errer seul pendant trois mois en Afrique… A bord d’un vieux 4x4 Landrover dans lequel il avait stocké des aliments lyophilisés et aménagé un réservoir d’eau, Frank Fazilleau embarqua sur un ferry à Marseille qui l’emmena jusqu’au port d’Alger. Son parcours initiatique commença à prendre forme puisqu’il traversa ensuite toute l’Algérie et le Mali en dormant au milieu du désert ou parfois chez l’habitant.

Comme si ce voyage étonnant ne suffisait pas, à son arrivée dans le port d’Abidjan en Côte d’Ivoire, un importateur de cacao qu’il connaissait accepta de le ramener en France dans… un porte-conteneur ! Mais lors de l’accostage dans le port de Porto au Portugal, les dockers refusèrent de débarquer son véhicule transporté de cette manière illégale. Frank Fazilleau continua donc son périple maritime jusqu’au port français de La Rochelle en Charente-Maritime où il put enfin retrouver la terre ferme.
Le 18 septembre 1986, jour de son anniversaire, l’histoire de Frank Fazilleau sembla prendre un rythme plus conventionnel et plus paisible puisqu’il signa un contrat avec le club de Chamonix où il restera pendant cinq ans. Mais comme « Frankie » ne voulait jamais faire les choses comme les autres, il décida de porter désormais le maillot numéro 13 que personne ne voulait choisir dans son équipe par superstition.

Si le nouveau défenseur des Chamois du Mont-Blanc sembla avoir trouvé enfin un port d’attache, il fut cependant vite rattrapé par ses vieux démons au point d’être surnommé « Indiana Jones » par ses camarades. En effet, Frank Fazilleau profita des intersaisons pour faire des escapades plutôt inattendues. En effet, il se lança dans un commerce étonnant en achetant plusieurs camions de 19 tonnes afin de les revendre ensuite en Afrique, soit au Mali soit au Burkina Faso. Il effectua ainsi à chaque fois le retour en avion une fois ses affaires financières conclues…

Mais le hockeyeur Frank Fazilleau avait décidément plus d’une corde à son arc ! Et c’est le cas de le dire. Car s’il était un passionné de pêche à la ligne et s’il dirigeait une salle de musculation à Chamonix, l’ancien défenseur international pratiquait également la chasse à l’arc avec une arme modernisée puisque son arme était équipée de poulies équilibrantes et d’un viseur en fibre optique. « J’ai rapidement laissé tomber le fusil et je suis parti dans la nature sans chien, juste avec mon arc ou parfois une arbalète pour aller chasser notamment dans les forêts. », confie Frank Fazilleau d’un air détaché comme si ce genre d’activité était tout à fait courante et naturelle.

Père d’un fils surnommé Lucas qu’il a eu avec une amie d’enfance de Viry-Châtillon, Frank Fazilleau connut là encore un destin inhabituel puisqu’il obtint, fait assez rare pour un homme, la garde exclusive de son garçon dès l’âge de 4 ans. Lors de son séjour à Chamonix, notre hockeyeur fit connaissance d’une hôtesse de l’air avec qui il vivra pendant sept ans. Dans le domaine sportif, il jouera encore pendant deux saisons dans la station voisine de Saint-Gervais avant de revenir à Chamonix comme entraîneur au sport-études puis de l’équipe juniors mais aussi des seniors, en tenant toutefois le rôle d’adjoint de Christophe Ville. Il occupera également ce poste d’adjoint dans l’entente Chamonix-Megève avant de partir entraîner le club de Toulouse. Rien de très surprenant me direz-vous. Sauf que Frank Fazilleau prit là encore des chemins de traverse en devenant également l’entraîneur physique du club de…rugby à XIII de Villefranche-Cahors !

Et comme son histoire ne pouvait pas s’achever sans une autre activité surprenante Frank Fazilleau s’installa ensuite à Villefranche-de-Rouergue dans l’Aveyron où il pratique désormais un nouveau métier singulier qui consiste à la restauration des bâtiments et au nettoyage par sablage et hydro-gommage. C’est ainsi que notre ancien hockeyeur international restaura notamment le château d’Estaing qui appartient à l’ancien président de la république Valéry Giscard d’Estaing tout en s’occupant, dans un autre cadre de sa vie, décidément atypique, de l’animation-éveil de la petite enfance. Décidément « Indiana Jones » n’a pas fini de nous étonner en prouvant que le hockey sur glace peut mener à tout, à condition d’en sortir !

Tristan ALRIC